La Plume d\'Ys

La Plume d\'Ys

L'art de la nouvelle, un essai de définition

 L'ART DE LA NOUVELLE !
 
Un essai de définition
  
Alors, petit oiseau, elles sont bonnes ces nouvelles ? 
 

La nouvelle appartient à la littérature narrative au même titre que le roman ou le conte. Mais au-delà de cette large définition, quand on essaie de caractériser les spécificités de la nouvelle en tant que "technique" d'écriture, les ennuis commencent...

Certains se contenteront d'une définition un peu sèche, considérant la nouvelle avant tout comme un récit bref. La Plume d'Ys ne pouvait bien sûr, se contenter d'une telle affirmation incomplète et tellement restrictive qu'elle en devient fausse... De même, mon âme torturée s'est posée tout de suite un tas de questions quant au parallèle qui s'impose avec le conte, sans compter un genre littéraire qui trouble la donne, je veux parler du genre fantastique et de ses nouvelles fantastiques qui s'invitent justement aux frontières du monde des contes... Et encore une migraine en perspective !

E. Poe a lourdement influencé les nouvelles du genre fantastique..

Histoires Extraordinaires et surtout nouvelles étranges... 
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Nouvelle et longueur du texte

Pour moi, la principale caractéristique de la nouvelle n'est pas sa longueur ou son nombre de pages : il existe des "short story"de trois ou quatres pages comme des nouvelles de cent pages. 

En revanche, les pays anglo-saxons n'hésitent pas à classer les nouvelles suivant leur longueur. L'éminente organisation "Science Fiction and Fantasy Writers of America" est, à cet égard, très précise :

  • Histoire courte ou short story : moins de 7500 mots
  • Novelette : entre 7500 et 17499 mots
  • Novella (sorte de mini roman) : de 17500 à 40000 mots

Cas de la micronouvelle : la micronouvelle peut être extrêmement brève, parfois juste un paragraphe. Personnellement, je reste dubitative sur la micronouvelle mais j'avoue que je ne suis pas assez documentée pour émettre un avis certes toujours personnel mais argumenté. Je vous renvoie, pour vous faire une idée, sur un site d'auteur qui semble bien rigoler avec ce genre. Vous y trouverez notamment des micronouvelles à lire gratuitement, pour vous faire votre propre idée.

Le site de Vincent Bastin - Cliquez !

 

Caractéristiques essentielles de la nouvelle :

Il s'agit avant tout d'un texte structuré et raisonné où personnages et intrigues sont "condensés" à savoir :

  • Un nombre moins important de personnages par rapport au roman
  • L'importance de l'évolution psychologique des personnages
  • Des intrigues plus vives, plus soutenues
  •  Un déroulement plus concis ce qui suppose une capacité de construction et de synthèse sans doute plus importante que celle exigée dans l'écriture d'un roman.
  • Attention : la nouvelle ne raconte pas forcément une histoire courte ! Ce qui est court c'est la façon de raconter ! (nuance !) Une nouvelle peut raconter toute la vie entière d'un personnage.
  • La nouvelle exige une démarche de "condensation" que ce soit la focalisation du temps, de l'espace et des personnages.
  • La nouvelle se focalise sur des moments ou des instants choisis comme des instants de surprise, d'émotions, d'étonnements.

La chute : la nouvelle classique finit généralement sur une "chute" qui doit laisser le lecteur sur un dénouement qui interpelle ce dernier de toutes les manières. Cette chute transforme souvent l'anecdote en révélation pour le personnage principal ou comme l'expression d'un destin.

La nouvelle est un art de l'instantané : véritable "polaroïd" de l'écriture concernant un instant choisi, elle fixe l'essentiel du récit avec son style concis, et une tension (suspense) en toile de fond.

La nouvelle se décline dans tous les registres : fantastiques, SF, réalisme, humour.

 

Le style de la nouvelle - Définitions :

J'ai trouvé quelqu'un qui exprime très bien ce que je pense. Comme je ne dirais pas mieux, je vous le cite (c'est un auteur canadien) :

"Dans un texte aussi court, chaque phrase doit être pesée et minutieusement attachée aux autres. La nouvelle est un texte tricoté serré qui ne laisse pas de place aux éléments inutiles. Elle exige un sens aigu de l'économie et de la pertinence, mais elle demande aussi de savoir raconter de manière à garder l'attention des lecteurs à chaque instant."

Luc Gauthier-Boucher

 

Une autre définition, celle de Baudelaire qui a traduit les Histoires Extraordinaires d'Edgar Allan Poe :

" Elle (la nouvelle) a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l'intensité de l'effet. Cette lecture, qui peut être accomplie tout d'une haleine, laisse dans l'esprit un souvenir bien plus puissant qu'une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains. L'unité d'impression, la totalité d'effet est un avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une supériorité tout à fait particulière, à ce point qu'une nouvelle trop courte (c'est sans doute un défaut) vaut encore mieux qu'une nouvelle trop longue. L'artiste, s'il est habile, n'accommodera pas ses pensées aux incidents, mais, ayant conçu délibérément, à loisir, un effet à produire, inventera les incidents, combinera les événements les plus propres à amener l'effet voulu. Si la première phrase n'est pas écrite en vue de préparer cette impression finale, l'œuvre est manquée dès le début. Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité. "

Notes nouvelles sur Edgar Poe

 

Une définition "officielle" qui en vaut bien une autre :

«Récit centré en général autour d'un seul événement dont il étudie les répercussions psychologiques; personnages peu nombreux, qui, à la différence du conte, ne sont pas des symboles ou des êtres irréels, mais possèdent une réalité psychologique : cependant, à la différence du roman, leur psychologie n'est pas étudiée tout entière, mais simplement sous un aspect fragmentaire. La nouvelle cherche à produire une impression de vie réelle.»

 Vocabulaire des études littéraires, Hachette

 

La nouvelle peut être isolée :

publiée par exemple dans une revue. Elle constitue un rouage non négligeable de votre parcours d'apprenti auteur, car bon nombre de concours littéraires sont des concours de nouvelles !

 

Un petit mémo sur les concours de nouvelles :

J'ai peut-être déjà insisté sur l'intérêt de participer à des concours littéraires pour se confronter non plus à la lecture d'amis bienveillants mais bien à la critique souvent acerbe et sans frioriture des jurys d'inconnus. Bien sûr, il ne s'agit pas non plus de la panacée. Les choix restent toujours subjectifs et certains jurys, tout comme certains auteurs, peuvent être nuls. Mais, après quelques participations, vous constaterez une "moyenne" de vos résultats, êtes-vous dans la queue du peloton, dans les dix premiers ? Avez-vous progressé ? Lisez également les nouvelles qui ont été sélectionnées ou qui ont reçu un prix. Souvent, le prix consiste en une publication. Situez-vous par rapport aux écrits des autres concurrents. De fait, la nouvelle vous permet de progresser par étape sans investir trop rapidement dans un travail de très longue haleine comme un roman (ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas travailler votre roman en parallèle...)

 

La nouvelle se publie le plus souvent sous forme de recueil de nouvelles : 

Attention, il ne s'agit jamais de juxtaposition alléatoire. Le recueil doit avoir un fil rouge, une colonne vertébrale soutenue par un thème (exemple : des nouvelles animalières, des nouvelles se passant pendant la seconde guerre mondiale, etc.), soit par un registre, comme un recueil de nouvelles fantastiques, soit par un cadre narratif comme  écrire à la première personne, soit plusieurs caractéristiques à la fois.  Il est important de créer une homogénéité du recueil (tout comme d'ailleurs dans un recueil de poésie...)

Je vous donne un exemple que je connais bien, puisque j'en suis l'auteur...

 

Je rêvais d'un monde meilleur :

possède une unité narrative : l'emploi de la troisième personne. Deux unités de registre : sf et fantastique, ce qui n'est pas habituel. En général, on écrit dans un seul registre. Mais cette particularité tient au choix des thèmes des nouvelles, puisque ces dernières reprennent des thèmes de base très connus de la SF et du Fantastique pour être détournés avec des chutes inattendues.

Exemple de thèmes détournés : le voyage interstellaire (SF), la main coupée (fantastique), le philtre magique (fantastique), l'expérience scientifique sur l'humain qui tourne mal (SF), etc...

 

Cliquez sur cette image pour lire une nouvelle de 
"Je rêvais d'un monde meilleur"
 

Là encore, il vous faudra lire les grands nouvellistes comme Maupassant. (En attendant vous pouvez me lire aussi, hein ! C'est que je suis une bonne nouvelliste, moi !) C'est en décortiquant leur travail que vous vous en inspirerez. Un exercice formateur consiste à dégager le plan d'une nouvelle d'un grand auteur et ensuite de reprendre ce plan pour écrire avec son propre style, une nouvelle personnelle, en respectant les découpages temporels, le nombre de personnages, etc...

 

La nouvelle fantastique et le conte merveilleux :

Il ne faut pas confondre la nouvelle fantastique et le conte merveilleux.

La nouvelle fantastique raconte une histoire "dérangée" par le surnaturel : l'irruption soudaine du surnaturel dans la réalité est un des moteurs essentiel pour générer du doute et de l'inquiétude chez le lecteur... C'est une des caractéristiques primordiales du registre fantastique simplement adaptée au genre de la nouvelle... C'est avec cette capacité à faire surgir le surnaturel que Stephen King a réussi à faire trembler des générations de lecteurs.

Exemple de synopsis de nouvelle fantastique,  "La Véns d'Ille" de Mérimée (1837) :  Un jeune homme va bientôt se marier. Il est assassiné le lendemain de ses noces par la statue de Vénus. Il faut dire, que la veille de ses noces, il s'était amusé à passer une bague au doigt de la belle figure d'albâtre..

Cliquez ici pour lire La Vénus d'Ille gratuitement sur internet

Le conte merveilleux est le plus souvent ancré dans la mémoire collective et dans le folklore. Le conte possède une valeur symbolique et fait souvent office d'exemple. Ainsi les personnages sont stéréotypés (prince charmant, ogre, princesse, magicien, bonne ou mauvaise fée, etc.). Du côté du Bien ou du côté du Mal, ils agissent suivant la démonstration d'une moralité. Ces personnages ainsi que les objets (magiques) peuvent posséder des pouvoirs extraordinaires. Les situations elles-mêmes sont prodigieuses.

Le conte s'articule sur une structure définie :

  • Situation de départ (initiale)
  • Modification par un élément perturbateur
  • Rebondissements et péripéties
  • Résolution
  • Situation finale.

L'étude des contes a fait l'objet de plusieurs publications extrêmement instructives pour nous les écrivains, depuis la psychanalyse des contes de fées (Bruno Bettelheim), en passant par l'étude des structures de narration du conte comme les analyses de Propp et de Greimas. Cela vaudrait le coup que nous y fassions un détour façon Plume d'Ys. Je mets un nouveau mémo sur mon écran d'ordinateur (déjà victime d'un tas de pustules jaunes appelées également "post-it"...), histoire d'y penser à l'occasion.

 

L'historique du genre :

Rassurez-vous, je ne vais pas faire travail d'érudition. Mais il est bon, tout de même d'avoir un minimum de connaissances sur le sujet, histoire de ne pas mourir idiot. Cela vous permettra de briller dans les causeries littéraires de ceux qui se considèrent comme le gratin et qui étalent leurs connaissances comme moi j'étale mon gruyère sur mes pâtes (gratin de pâtes, bien sûr...)

Il faut surtout retenir deux époques : les origines de la nouvelle et son apogée au XIXème siècle.

La nouvelle apparaît au Moyen-Age. Elle fait partie des récits brefs et s'ajoute aux genres à la mode de l'époque, comme les contes, les fabliaux. Elle était soit moraliste et proche du religieux, soit plus ou moins informative en racontant les faits divers du moment (l'ancêtre du journal en quelque sorte !).

Le recueil fondateur de la nouvelle occidentale est le Décaméron de BOCCACE. Le cadre du recueil se situe lors de l'épidémie de peste noire qui frappe Florence en 1348. Des jeunes gens (instruits, sans préjugés) se réunissent et racontent chacun une histoire dont Boccace se fait le scripteur. Grâce à ce stratagème, Boccace délègue à ses personnages le soin de la narration et construit son recueil en enchâssant chaque récit. Les nouvelles font écho aux problèmes de l'époque : la mort, le désordre social et la décomposition morale (eh oui, déjà !!!!)

En France, le premier recueil de nouvelles est anonyme : "Les Cent Nouvelles nouvelles" (aux environs de 1450 ?). Le recueil de Marguerite de Navarre, l'Heptaméron est un recueil de nouvelles paru en 1558 où des histoires proches du fabliaux cohabitent avec des récits plus novateurs où l'analyse psychologique devient un élément important de l'histoire.

L'apogée de la nouvelle française se situe au XIXe siècle. Tout grand écrivain de l'époque s'est adonné à la nouvelle. Vous ne pouvez pas survivre littérairement parlant, sans avoir lu les fameuses nouvelles de Maupassant, surtout pour ceux qui apprécient la nouvelle fantastique... Deux courants se distinguent alors, la nouvelle réaliste et la nouvelle fantastique. La nouvelle est donc héritière d'une large tradition littéraire française... Cependant, elle a aussi eu un âge d'or chez de grands écrivains étrangers comme Tchekhov, Gogol, Henry James, et bien sûr E. Poe..

 

Cliquez sur la couverture originale pour accéder au texte !

Au XXe siècle, la nouvelle a perduré chez de grands auteurs également, plutôt à l'étranger cependant, qu'en France où le nouveau roman a occulté presque tout le reste pendant des décennies et encore aujourd'hui d'ailleurs. Les éditeurs privilégient toujours le roman et il est quasiment impossible à un jeune auteur de débuter sa carrière par la publication de nouvelles, autrement que dans les concours et dans quelques revues au mieux...

Je ne cite arbitrairement que quelques auteurs, dont il est vital pour moi de lire les nouvelles :

  • Isaac Asimov
  • Howard Phillips Lovercraft
  • Fredric Brown
  • Philip. K Dick
  • Stephen King.
  • Patricia Highsmith
  • Vladimir Nabokov
  • Marcel Aymé
  • Jorge Luis Borges
  • Marguerite Yourcenar
  • Dino Buzatti
  • Frédéric H. Fajardie
  • Richard Matheson
  • Etc.

Conclusion :

N'oubliez jamais que c'est en lisant les autres que l'on enrichit sa propre écriture, en analysant ce que les autres font mieux que soi ! Un bon écrivain met son ego au placard et fait preuve de curiosité et d'humilité vis-à-vis des autres...

Enfin une dernière observation de la Plume : beaucoup croient, à mon avis à tort, que l'art de la nouvelle est plus facile que celui du roman... Grave erreur. Un grand nouvelliste peut être un piètre romancier et un grand romancier un piètre nouvelliste...

Pour approfondir le sujet, je vous donne le site d'un grand spécialiste de la nouvelle, René Godenne, à consommer sans modération (notamment des références de nouvelles) et facile à lire :

Site de René Godenne (Docteur ès lettres) - Cliquez !

 

Bonne plume à tous !

Ys

La Plume d'Ys - Sylvie Parthenay -

Article sous licence Creative Commons by-nc-nd (voir :  "Droit d'utilisation")

 



03/09/2010
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