La Plume d\'Ys

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Editer à compte d'éditeur : la voie royale ?

 

Éditer à compte d'éditeur :

la voie royale ?

 

 

 

 

 

 

Manuscrit terminé en main, l'auteur se trouve confronté à un nouveau challenge. Cette fois-ci, il ne s'agit plus de se confronter à soi mais bien de se confronter au monde « extérieur », de trouver une solution « physique » c'est-à-dire un support à son œuvre (édition papier pour le cas présent) et de s'introduire dans un système éditorial quelconque.

 

C'est à ce moment précis que l'écrit cesse d'être une recherche intellectuelle ou artistique personnelle pour devenir, par l'intermédiaire de sa matérialisation en tant que livre, un produit de consommation, impliquant globalement les mêmes besoins de distribution, de publicité, les mêmes contraintes de l'offre et de la demande d'un segment de marché, en l'occurrence celui d'un marché touchant au « culturel » et de plus en plus souvent qualifié de « loisirs. » Les efforts se tendent alors vers un seul et ultime aboutissement : l'achat d'un consommateur au bout de la chaîne et qui est accessoirement, un lecteur…

 

La production éditoriale regroupe des œuvres de genres très différents. Vous n'aurez pas les mêmes problèmes selon que vous publierez un documentaire sur une thématique quelconque (écriture d'information) constituant la majorité écrasante de l'ensemble de ce qui est produit (90 % !!!) ou que vous publierez une œuvre dite littéraire… (Ben oui, globalement, les 10 % restants…).

 

Voyez déjà comme tout se complexifie, chaque parcours dépendant d'un certain nombre de paramètres venant construire cette équation : auteur/ouvrage/édition.

 

Je vais donc commencer par l'édition à compte d'éditeur, parce qu'elle est déjà historiquement bien implantée dans nos esprits. Il m'arrive encore de l'appeler « édition traditionnelle » sans doute pour marquer la rupture des modes d'édition que nous voyons émerger depuis une quinzaine d'années déjà. L'édition traditionnelle peut concerner aussi le compte d'auteur mais nous y reviendrons.

 

Voilà donc le rêve de notre auteur naïf, (on l'appelera Nono pour les suites de l'enquête… ) qui, son tapuscrit bien sauvegardé sur sa clef USB (Nono est un auteur qui a compris quand même le minimum : présenter un tapuscrit grâce à un ordinateur et un traitement de texte…) se met en tête de le publier.

 

Nono ne connaît rien au marché du livre, et sa première réflexion est de se tourner vers la grande vitrine étincelante de ce qu'il croit être un monde parfait : il voudrait que son livre soit imprimé pour devenir un bel objet, qu'il soit distribué dans les librairies et magasins spécialisés, que l'on en parle à la TV ou au moins à la radio locale, qu'il soit interviewé pour expliquer son livre et qu'enfin, il puisse ramasser un peu d'argent en percevant ses droits d'auteurs. Bien sûr, Nono voudrait trouver un éditeur qui se charge de tout, y compris du coût financier de tout ce remue-ménage…

 

Je précise que Nono est un auteur « clean », il ne fume pas la moquette, il est juste et effectivement un peu… naïf quoi…

 

Ce que recherche Nono est un éditeur à compte d'éditeur.

 

Tout d'abord, un peu de Droit…

Attention, c'est un moment difficile à passer, mais je vous la refais après en décryptage…

« Le contrat d'édition est le contrat par lequel l'auteur d'une œuvre de l'esprit ou ses ayants droit cèdent à des conditions déterminées à une personne appelée éditeur le droit de fabriquer ou de faire fabriquer en nombre des exemplaires de l'oeuvre ; à charge pour elle d'en assurer la publication et la diffusion »

 

Article L.132-1 du Code de la Propriété Intellectuelle.

 

 

En d'autres termes :

 

v     L'éditeur est un professionnel, il gère une entreprise qui doit être rentable.

v     Pour l'éditeur, il est impératif qu'un livre soit rentable ou au moins, qu'une partie des livres qu'il publie soit rentable, pour compenser les œuvres qui elles ne le sont pas d'ailleurs pour différentes raisons, la qualité de l'œuvre n'étant pas forcément remise en cause. (*)

v     Son « matériel » de base pour le business, c'est la marchandise en elle-même : le livre et la force de travail des auteurs (oui, oui, c'est une vision marxiste !) gérée par l'intermédiaire de contrats…

v     On peut reconnaître à l'éditeur un certain goût du risques, dans la mesure où il investit financièrement dans un produit-livre dont il n'est jamais sûr du succès (donc du rendement…)

v     L'éditeur satisferait donc à la noble tâche de donner sa chance à un auteur débutant et strictement inconnu, se drapant dans l'auguste statut de « découvreur de talent » (**)

v     L'éditeur s'occupe de l'impression physique du texte, de la mise en œuvre de la couverture (l'auteur n'a pas forcément son mot à dire d'ailleurs quant aux illustrations…). Il détermine un certain nombre d'exemplaires à tirer.. (de nos jours, un tirage à 2000 exemplaires c'est déjà un beau tirage)

v     L'éditeur fait distribuer (par son circuit de distribution) votre œuvre dans les réseaux des librairies notamment…

v     L'éditeur fait inscrire votre livre dans des bases de données commerciales comme Dilicom, généralement en moyennant finance (rien n'est gratuit en ce bas monde...), afin que votre livre puisse être trouvé en référence par les libraires pour être commandé le cas échéant par votre grand-mère habitant le petit patelin de votre enfance, à la Maison de la Presse de la grand'place.. (mais si, en face de l'Eglise, à côté du bar-tabac…!)

v     Votre éditeur, qui décidément, prend son boulot à cœur, essaie de vous promouvoir sur son site internet, son catalogue des parutions, par ses représentants (quand il en a…) courant les librairies, de vous dégoter un petit article chez son copain journaliste, de vous présenter lors des salons auxquels il participe et vous inscrit même à différents salons littéraires partout en France….

 

En échange de tous ces bons et loyaux services :

 

v     Nono cède l'exploitation de son texte à l'éditeur, pour un temps donné (et ce temps peut être très long…).

v     Nono cède la propriété du texte c'est-à-dire son droit patrimonial. On lui concède cependant un droit de regard (moral, hein…) sur ce que l'on fait de son œuvre ensuite… Les choses se compliquent encore pour les droits « médias » annexés à votre contrat d'édition basique, adaptation de votre œuvre à l'écran, par exemple (là en général, vous ne maîtrisez plus grand chose…)

 

Il va de soi que vous n'avez plus le droit d'éditer votre texte ailleurs, même sur votre blog personnel. Vous êtes obligé d'en demander l'autorisation à votre éditeur, même pour un tout petit extrait.

 

Pour terminer, essayons de conclure sur quelque chose d'agréable : la perception des droits d'auteur…

 

Hélas, nous sommes complètement intoxiqués de la culture des séries TV made in USA qui se complaît à nous montrer des personnages écrivains (vous avez remarqué combien l'écrivain est à la mode dans les personnages de fiction ?) gagnant très bien leur vie et habitant dans des maisons grandes comme la piscine municipale de mon quartier…

 

Permettez-moi de briser les derniers rêves de Nono : je vais prendre pour cela les chiffres d'Audace, édité par le Calcre (des gens très biens, faudra que je vous parle d'eux, ils le méritent..) regroupés sous le titre : Comment se décompose le prix d'un roman

 

« Pourcentages moyens  pour une nouveauté de 320 pages – tirages 4000 exemplaires

 

Editeur : salaires, frais généraux & financiers, investissement : 12 %

Fabrication : composition, papier, impression, brochage : 16 %

Publicité : 2%

Commercialisation :stockage, distribution, remise financière aux détaillants et grossistes : 55,5 %

TVA : 5,5 %

Enfin, l'auteur : 9 % » (***)

 

Soit pour un livre à prix public fixé de 20 euros, un droit d'auteur de 1,80 euro…

Cela me rappelle le prix des choux-fleurs quand il passe des exploitants au prix sur étal de la grande distribution…

 

PRODUCTEURS DE CHOUX-FLEURS ET ECRIVAINS :

MEME COMBAT !!!!

 

 

 

La suite des tribulations de Nono, dans l'article : "Editer à compte d'éditeur : une guerre perdue d'avance ? ou les Tribulations de Nono venu chercher les Tables de la Loi..."

  

La Plume d'Ys - Sylvie Parthenay

Article sous licence Creative Common by-nc-nd (voir :  "Droit d'utilisation")

 

_______________________________________

 

(*) – NOTA : en ce qui concerne les grandes maisons d'édition, c'est même souvent l'inverse. Les livres à haut rendement commercial sont le plus des livres à grand battage médiatique mais dont le contenu peut être complètement nul. C'est toujours et malheureusement dans cette optique de prendre le public dit populaire pour des crétins infinis, que l'on vous vend des livres de piètre qualité stylistique au contenu insipide parce que le lecteur qui ne fait pas partie de l'élite intellectuelle ne saurait, de bien entendu, faire la différence entre un mousseux de supermarché et un véritable champagne… Ce n'est pas à mon avis le meilleur moyen d'encourager les lecteurs à acheter des livres, en leur servant presque systématiquement de la daube… Après les éditeurs se plaignent de la "désaffection du public pour la lecture..." 

 

(**) – NOTA : il y aurait beaucoup de choses à dire là-dessus, mais bon, je préfère me taire pour le moment, ça pourra faire l'objet d'un article complet sur l'auteur débutant…

 

(***) – NOTA : et c'est bien payé, cela tourne plutôt maintenant entre 8 % à 6 %

 

 

 


04/07/2009
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