Editorial de mars 2009
EDITORIAL DE MARS 2009
Oeuvre de Makoto Muramatsu
Un espace de travail paisible...
En ce beau mois de mars (mais non il ne pleut pas !), je mets de l'ordre dans mes réflexions avant de me remettre à produire pour mon compte (eh oui, les accros de la Plume, il m'arrive aussi de ne pas fainéanter) après une période difficile où j'ai dû faire face à un certain nombre de problèmes, du genre "qui ne laissent pas de répit". Remarquez, j'ai toujours plus ou moins les mêmes ennuis, mais j'arrive maintenant à faire avec.
Le temps donc, entourée de mes bouquins et de mes trois chats (avant c'était tous les jours "Bonnie and Clyde", depuis que j'ai accueilli le troisième, c'est tous les jours "la Bande à Bonnot"...), de me repositionner en tant qu'écrivant, par rapport à mon projet.
Oeuvre de Makoto Muramatsu
Enfin, quand je parle d'un espace de travail paisible...
c'est sans compter ...
l'excitation ... pour un chat
d'un papier glissant dans l'imprimante...
D'abord je ne résiste pas à vous faire une petite citation tirée d'un recueil de nouvelles de SF du grand Orson Scott Card :
"Le vrai défi consiste à broder sur l'idée en inventant les personnages et leur environnement, en structurant le plan, en découvrant la voix et le point de vue du narrateur et, enfin, en couchant l'ensemble sur le papier d'une manière claire et efficace pour le lecteur. C'est sur ce dernier point que réside la différence entre les gens qui aimeraient écrire et ceux qui prennent la plume pour de bon et jettent leurs mots à la ronde dans l'espoir de trouver un public."
L'homme transformé - postface - p. 245
Oui, oui, je sais, je vais encore m'attirer les foudres de ceux qui pensent avoir un talent inné et que tout ce qu'ils écrivent est touché du doigt de Dieu... Pour Orson Scott Card, qui a travaillé pendant des années dans le "rewriting" avant de vivre uniquement de sa plume d'écrivain, les techniques écriture sont donc incontournables.
De fait, les techniques ne sont pas tout. Plus j'avance en écriture (enfin j'espère que je ne recule pas !!!), plus j'ai la chance de côtoyer ceux qui me font l'honneur de me lire et de m'acheter mes ouvrages (les salons sont là pour ça), plus je suis convaincue d'une chose... n'en déplaise aux titis parisiens qui ergotent sur la "Littérature" avec un grand L et jugent en Vérité (toujours le doigt de Dieu, vous savez...) du talent de l'autre. Je suis convaincue que c'est l'HISTOIRE qui prime tout, bien plus que le style (ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas travailler ce dernier, hein...). Là encore, je me permets de citer Orson Scott Card (je suis fan..) sur le sujet :
"... le texte n'est qu'une tentative pour graver l'histoire dans la mémoire du lecteur ; on peut le remplacer par un nombre infini de variantes... C'est ainsi que des gens se sont pris d'affection pour des histoires écrites de manière lamentable comme "Tarzan l'homme-singe" d'Edgar Rice Burroughs, parce que ce qu'ils y ont perçu transcendait le texte, tandis que beaucoup de récits au style magnifique ont disparu sans laisser de trace, parce que le texte, splendide au demeurant, n'a pas su attiser la flamme d'une histoire vivante dans la mémoire des lecteurs."
L'homme transformé - postface - p. 248
Je n'aurais pas su le dire mieux moi-même. L'histoire doit être claire, les événements relatés faciles à suivre mais ce n'est que la couche supérieure de "l'épiderme" du manuscrit. Ce qui rend une histoire fascinante, émouvante, c'est qu'au travers des faits, il y a une signification qui renvoie aux émotions, aux mythes, aux concepts...
Cependant cette signification, cette vision du monde que l'on tente de communiquer, NOTRE vision du monde en tant qu'auteur, est paradoxalement sous-jacente, elle est les fondations de l'ouvrage, celles que l'on ne voit pas à l'oeil nu, mais que l'on devine en observant l'édifice construit. Autrement dit, l'idée fil rouge (par exemple : "la haine nous aveugle"), ne doit jamais paraître dans l'histoire comme une morale de la fable : laissons justement cela à la fable ou aux modalités des contes... Il faut DEMONTRER l'idée par l'histoire, par les faits et gestes des personnages et leurs incidences, sur le déroulement du récit comme ces faits et gestes influeraient les gens dans la vraie vie...
C'est donc au lecteur, en fonction de sa sensibilité, de son vécu, de chercher le message et de se l'approprier.. en aucun cas, vous ne devez imposer votre jugement propre. Vouloir convaincre, c'est une chose. Croire que vos lecteurs n'auront d'autre choix que de penser comme vous après avoir lu votre ouvrage, c'est de la dictature...
Une fois le message transmis, quelque part, il ne vous appartient plus. C'est sans doute là que réside l'acte véritable de communication avec vos lecteurs potentiels. Voilà pourquoi, je pense qu'il faut essayer de s'astreindre à écrire toujours "l'esprit ouvert", pour laisser le potentiel de réflexion de vos lecteurs intact.
Si vous écrivez : 'Jane se sentait coupable", le lecteur n'aura d'autre choix que de conclure : "Ben oui, Jane se sentait coupable", point final. Si vous montrez que Jane ne peut (ou ne veut ?) plus regarder Steve dans les yeux, vous laissez au lecteur le choix d'interpréter que Jane se sent coupable d'avoir trahi Steve... ou que pour elle, Steve n'existe déjà plus, qu'elle ne pense plus qu'à son nouveau copain Bruce (cela fait très collection "Arlequin" mon exemple !!!). C'est bien connu, de toute manière, "les histoires d'amour finissent mal.. en général" (Rita Mitsouko)
Oeuvre de Makoto Muramatsu
Mes seules histoires d'amour sont désormais félines !
Ainsi, le lecteur a envie d'en savoir plus et il lira le manuscrit jusqu'au bout, pour authentifier ou infirmer ce qu'il a ressenti.
Alors, je pense beaucoup en ce moment à mes "messages" cachés, et force est de constater que je fais vraiment dans la littérature noire... Mais pourtant, je ne peux complètement détruire, quoi que je fasse, cette toute petite lueur d'espoir, ce petit bout d'herbe qui réussit à pousser dans le désert. C'est ce dont je m'aperçois, à la relecture de mes écrits. Non pas dans les scénarios qui sont eux, définitivement inscrits dans les âges sombres, mais plutôt dans la mise en écriture de mes personnages... Au bout du compte, malgré les avoir fait vivre mes fins tragiques, ils réussissent quand même, par je ne sais quel tour de passe passe bien involontaire de ma part, à nous faire, à me faire croire que tout n'est pas définitivement pourri dans le genre humain ! Va comprendre Charles ! Au fond, c'est peut-être cela la magie d'écrire : elle arrive même à étonner son humble disciple par un petit supplément d'âme inattendu, cette part créative qui ne doit paradoxalement rien aux techniques, et qui constitue pour moi le véritable miracle de l'écriture.
Bonne plume à tous
Ys.
Oeuvre de Makoto Muramatsu
Les aquariums sont également censés
nous procurer un décor paisible...
Enfin, normalement... !
La vidéo du mois !
Je ne résiste pas à renouer avec la petite habitude de la vidéo du mois, pour une création de Ouf, qui m'a enthousiasmée. Je remercie l'ami Jacky de me l'avoir fait découvrir et de m'en avoir donné le lien.
Une création qui devrait d'ailleurs ravir l'ami Pounon. "En avant la musique !" donc, surtout quand les musiciens sont des "petits pois sauteurs" (projetés certainement par de l'air comprimé) jouant sur un instrument qui n'a rien à envier à l'art industriel...
AMAZIN INVENTION

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