Editorial d'Halloween 2008

Même pas peur ! 

 

La Plume d'Ys vous quémande quelques bonbons pour ce soir, histoire de fêter nos personnages fantastiques à qui nous devons tellement : les premiers émois frissonnants de notre enfance, des mondes imaginaires où l'esprit vagabonde et se lâche dans des rêves ou plutôt cauchemars les plus fous... De quoi défouler nos mauvaises pulsions, nos peurs, nos angoisses, nos phobies intérieures ou exprimer notre peur de l'avenir. Les progrès de la science sont vertigineux et nous incitent à fantasmer sur les nouveaux Frankestein...

 

 

Notre monde devient incompréhensible aux valeurs humaines, aussi peut-être est-ce pour cela que les écrivains inventent des mondes totalement construits par l'imaginaire où certaines valeurs régissent de nouveau les actes des uns et des autres. Ainsi la trilogie du Seigneur des Anneaux est revenue à l'honneur, et nos amis hobbits partent à la conquête du Bien contre le Mal avec leurs armes mais surtout leur amitié, leur honneur, leur courage...

 

Bien sûr, Halloween, c'est commercial mais cette fête est révélatrice aussi d'un certain état d'esprit. Très populaire aux USA, elle a mis paradoxalement du temps à envahir la France. Et malgré les gros efforts de Disneyland, cette tradition exportée remporte un succès d'estime "par chez nous". Pourtant, nous aimons nos sorcières, nos vampires, nos vilaines bébêtes, nos cimetières hantés, nos vendredi 13... Nous en sommes friands.

 

L'explication vient peut-être de notre rapport à la mort car au premier novembre, nous fêtons nos morts et nous avons sans doute l'impression que s'amuser le jour d'avant serait un manque de courtoisie et de respect pour nos êtres chers disparus.

 

La Plume veut cependant rendre hommage à ces personnages que nous affectionnons tant. Avec une pensée tout particulière pour nos sorcières... normal quand on aime tant les chats !

 

 

 

La Plume d'Ys vous révèle sa nature ensorcellante...

 

Rappelons que la France possède (quel jeu de mots !) une grande histoire liée aux sorcières. Je me souviens, il y a quelques années, d'une visite faite à la bibliothèque de ma ville. Celle-ci présentait et présente encore du reste, un grand fonds de documents historiques concernant les procès des sorcières en Franche-Comté, des minutes, des comptes rendus d'audiences. Bien qu'en vieux "françois", cela valait le coup de lire les témoignages. L'un avait vu l'accusée voler sur son balai, l'autre l'avait entendu blasphémer, un autre encore assurait avoir été victime de sorcellerie... Cela se passait au début du 17e siècle en ma bonne Franche-Comté...

 

Pour nous autres, contemporains cartésiens, il faut se poser la question de savoir comment des témoins pouvaient affirmer avoir vu leur voisine voler sur son balai un soir de pleine lune... Mensonge ? Hystérie collective ? A l'époque, la chasse aux sorcières faisait rage, et l'on brûlait, noyait, torturait les accusées (je mets au féminin, car les sorcières étaient majoritaires bien plus que les sorciers...), ce qui finit de nous convaincre que la chose était sérieuse et pas vraiment rigolote...

 

Des témoignages tous plus hallucinants les uns que les autres, sont pléthore. Pouvaient-ils être tous mus uniquement de mensonges et d'hypocrisie ? Eh bien, je ne le pense pas. Sans doute, à cette époque et durant tout le Moyen-Age précédent, le rapport au merveilleux, au fantastique mais aussi à la mort était foncièrement différent de ce que nous expérimentons aujourd'hui. D'abord, la mort, on la côtoyait tout le temps, elle était omniprésente par l'extrême mortalité des enfants en bas âge, par une espérance de vie très réduite, par les épidémies et les guerres incessantes, les famines, le froid, etc. La place du mort se tenait au cimetière, cimetière accolé à l'église, l'église au centre de la ville, lieu de marché et d'échange si près des tombes et de la fosse commune... Et puis, comprendre ce monde sans la science, ne donnait peut-être qu'une solution acceptable pour survivre sans crever de peur : l'intervention du divin, des forces qui dépassent l'entendement humain... Alors, les sorcières pouvaient s'inscrire dans le paysage, parce qu'elles liaient certainement un pacte avec le Diable, un Satan bien connu de tous et qui n'étonnait personne dans les sermons des églises.

 

 

Avez-vous votre permis "balai" ? N'est pas sorcière qui veut... 

 

  Et puis, vers la fin du 17e siècle, les tribunaux cessent de condamner les sorciers pour leurs méfaits sataniques. Au pire, on les condamne pour escroquerie ou pour manipulation d'autrui, au mieux, c'est la médecine qui prend le relais et classifie les sorcières dans le secteur de la "maladie mentale". En bref, la fin de siècle a cessé d'y croire, les historiens ont qualifié cela de "révolution mentale"...

 

Pourquoi aujourd'hui, un tel regain, pourquoi un renouveau des confréries de sorcières ou de sorciers, un engouement remarquable pour les sciences occultes en général, la magie blanche ou noire en particulier ? Serait-ce à nouveau le signe d'une peur ancestrale revenue à la surface de nos consciences ? Après un rationalisme rassurant qui a calmé nos angoisses au 20e siècle parce qu'il affirmait que la science pourrait nous donner toutes les réponses, aurions-nous aujourd'hui atteint les limites de cette rationalité pour s'apercevoir que la nature humaine ne peut se dissocier complètement de sa spiritualité, voire qu'elle ne peut vivre sans elle ?

 

Aujourd'hui, nos peurs ont en effet de quoi se nourrir. C'est la science qui cette fois, par sa compétence même, nous affirme et nous alarme que, si nous continuons ainsi, nous allons faire mourir la planète et nous avec, par la même occasion. C'est la crise financière qui nous met face à la dure réalité économique : la croissance n'est pas exponentielle et nous pouvons retomber dans la misère d'antan, tandis que les pays que nous croyions en voie de développement sont toujours aussi pauvres, régressent même si cela est encore possible. Nous sommes sur le fil du rasoir et nos certitudes volent en éclat...

 

Alors soyons tous sorciers ! Pratiquons la magie blanche pour le bien de tous, prions pour notre voisin, notre ami, notre famille, réfléchissons à nos actes de tous les jours ! Avons-nous agi pour le bien aujourd'hui ? Ou bien avons-nous pactisé avec le Diable qui se vautre au fond de nous, égoïste, mesquin, injuste, méchant ?

 

N'oubliez jamais que vous avez le choix. Dans la religion chrétienne, c'est ce que nous avons durement gagné quand on s'est fait viré de l'Eden. Vous avez le choix de faire le bien ou le mal autour de vous. Il ne tient qu'à vous de changer. Qu'importe si vous avez été un salaud hier, il vous faudra apprendre à demander pardon. Mais aujourd'hui et surtout pour demain, le plus important est que vous ayez choisi de faire quelque chose de bien de votre vie...

 

Happy Halloween ! La Plume d'Ys quant à elle va touiller son chaudron magique pour un philtre de bonheur offert à tous.

 

Ys

 

 

 

 



Article ajouté le 2008-11-30 , consulté 73 fois

Commentaires


ANNE site : PLUMOGRAPHIES.blog4eve | le 07/12/2008 à 10:04:27
Petit rectificatif à ton article, Halloween est une fête celte, donc bretonne, donc française, exportée aux states avec les colons...

Chez nous en savoie, halloween "marche" beaucoup mieux que carnaval, va savoir pourquoi...

Article par ailleurs vraiment interessant. Ta recherche sur les sorcières m'a appris bien des choses.


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