La Plume d'YsEditorial du 1er mai 2008EDITORIAL DU 1er MAI 2008 La Plume d'Ys vous souhaite un très bon 1er Mai ! Exceptionnellement, la Plume d'Ys abandonne son bleu d'écriture habituel pour un vert qu'elle souhaite vraiment être la couleur de l'espérance.
En cette journée du 1er Mai, fête du travail, je ne peux m'enlever de la tête le fameux "travailler plus pour gagner plus" du vilain gnome en place, tandis que sa princesse de service s'habille comme une veuve noire et croit de bon ton de nous servir des simagrées de bécasse, la bouche en cul de poule. Avec des allures de courge énamourée et soumise, la première dame de France, confond en effet discrétion et crétinerie et renvoie une image de la femme qui, pour ma part, me fait bondir de rage.
Comme si le fait de se vêtir en grenouille de bénitier ou en deuil apprêté, pouvait donner le change au peuple, elle qui est née avec une cuillère d'or dans la bouche. Tout sent, dans cette nouvelle mascarade, la mise en scène et les bons conseils des pros de la com, dans l'éternelle conviction que les gens de pouvoir ont tous : l'idée que le peuple est débile, que l'on peut tout lui faire gober, qu'un simple changement d'image peut tout faire passer.
On peut se demander pourquoi le slogan présidentiel a eu tant de succès, pourtant. Je crois en fait, qu'il touchait une inquiétude majeure des Français. Mais l'analyse que j'en fais est loin de tirer les mêmes conclusions que le président français. Je me demande alors dans quelle mesure ce dernier est conscient des âneries qu'il nous prodigue dans ses discours ou s'il croit vraiment ce qu'il dit, ce qui est sans doute encore plus grave, car alors c'est de l'incompétence et les spécialistes qui l'entourent devraient être tous licenciés...
Ce sont les Français qui donnent la bonne base de réflexion de départ : le sentiment que la valeur du travail est dévalorisée, que le travail "ne paie plus". Quand aujourd'hui l'on sait que le salaire ne suffit même plus à financer les éléments de survie : se soigner, manger et avoir un toit sur la tête. Ce n'est pas la Fondation Abbé Pierre qui me contredira...
Le monde du travail revêt en fait des réalités beaucoup plus complexes auxquels les propositions sarko sont bien incapables de répondre, tant elles sont puériles. D'abord, une vérité criante pour ceux qui la vivent et que formule très bien l'INSEE :
"Depuis 1978, la proportion de salariés à temps partiel, intermittents, intérimaires ou travailleurs à domicile, l'ensemble des salariés qui ne travaillent pas à temps complet, est passée de 17 % à 31 %" Source : ("Les salaires en France", édition 2007, disponible sur www.insee.fr)
Le revenu moyen de ces salariés a baissé et ces salariés-là, sont ceux qui subissent le plus la discrimination : des jeunes, des femmes, faiblement qualifiés mais plus seulement, avec la déqualification systématique des emplois. (inflation des diplômes, postes déqualifiés comme par exemple quelqu'un qui fait un travail de cuisinier mais qui voit sur sa fiche de paye l'intitulé : "Commis de cuisine"...).
De plus en plus de travailleurs n'ont pas d'autres choix que d'enchaîner les contrats à durée déterminée ou les missions d'intérim, ou d'accepter des horaires fractionnés. On aurait alors pu espérer que la promesse "travailler plus pour gagner plus" allait aider cette partie de la population active.
Si "travailler plus pour gagner plus" voulait dire que nous soyons plus nombreux à travailler et moins souvent de façon parcellaire, j'applaudirais alors des deux mains.
Mais, dans la bouche sarkozienne, ce postulat prend une toute autre signification. Son objectif n'est pas d'augmenter ce que l'on appelle le taux d'emploi MAIS d'allonger la durée du travail de ceux qui travaillent déjà à temps complet !!! C'est encore une fois, ne pas tenir compte de l'enseignement des expériences passées, de ce qui se passe dans les autres pays. Mais que vous enseigne-t-on, Non de D..., dans vos grandes écoles ????
Les études économiques sur le plan international aboutissent toutes aux mêmes observations : la bonne santé d'un pays dépend avant tout de la productivité horaire du travail et pas de sa longueur... La richesse est calculée par rapport à cette productivité. A l'inverse l'on constate que les pays de l'OCDE où l'on travaille le plus (Turquie, Roumanie, Pologne...) sont aussi les moins développés.
Pire : ce sont également dans ces pays que le taux d'emploi est le plus bas !
Les clochettes verseraient-elles des larmes...
La défiscalisation des heures supplémentaires et le rachat des RTT n'arrangent rien à l'affaire. Outre un système terriblement complexe, les retombées ne feront que creuser les inégalités. Une nation où les fractures sociales ne cessent de s'agrandir ne présage rien de bon et c'est dangereux pour la paix civile.
Certes, ceux qui pourront bénéficier d'heures supplémentaires pourront effectivement améliorer leurs fins de mois (elles sont payées 25 % de plus et exonérées de cotisations sociales et de l'impôt). Le système satisfait également les employeurs car cela leur donne la possibilité d'utiliser au maximum leur main-d'oeuvre existante, sans faire de nouvelles embauches.
La budgétisation de cette mesure est chiffrée à 5 milliards d'euros dans le budget 2008 de la nation.
Il ne faut pas avoir fait l'ENA pour comprendre que cette mesure va profiter avant tout aux salariés à temps complet qui plus est, appartenant aux grandes entreprises qui paient effectivement les heures supplémentaires et où la représentation syndicale est effective pour négocier avec l'employeur la juste rétribution de ces fameuses heures sup. Qu'en est-il de la grande majorité du tissu économique français des petites et moyennes entreprises où les salariés font souvent du "rab" sans que cela soit reconnu, sous peine de perdre leur emploi, et sans que l'on puisse se défendre puisque la représentativité syndicale n'existe pratiquement pas dans ces structures ?
Cette mesure ne va pas non plus arranger les chômeurs et les salariés précaires. Sachez que pour les employés à temps partiel, les heures supplémentaires sont plafonnées à 10 % de leur temps de travail, ne sont ni majorées des 25 %, ni exonérées des cotisations patronales !!!
Pardonnez à la Plume d'Ys de faire de la politique et de secouer le cocotier. Mais La Plume d'Ys en a marre qu'on la prenne pour une idiote, elle en a marre que l'on vous prenne pour des idiots. Je suis, vous êtes, tous, capables de raisonnements et de comprendre les enjeux réels de notre société. Il est temps de manifester, non plus pour obtenir un privilège lié à son statut, ce qui est encore la majorité des revendications d'aujourd'hui : garder ses privilèges sans se soucier du devenir de l'autre mais de manifester pour le bien de tous et pour la survie de notre pays.
Avec la mondialisation, les structures profondes de notre société, les données planétaires font que nous allons devoir nous adapter et cela se fera avec douleur, car jusqu'à présent, chacun n'a vu que son petit intérêt personnel. Cela ne peut plus durer, les injustices deviennent trop importantes, trop insupportables, divisent les Français en camps opposés, comme les fonctionnaires contre le secteur privé, etc.. La France n'est plus qu'une hierarchisation des statuts alors qu'elle devrait privilégier les compétences. Elle se comporte de plus en plus en mafia, en clientélisme, pour trouver un boulot, pour obtenir un truc ou un autre.... Le point de rupture n'est plus si loin que cela. De gauche ou de droite, en alternance, nos politiques n'ont vu aussi que l'objectif de se faire réélir, oubliant les véritables enjeux de notre société au profit de leur envie carriériste.
Pourtant, je veux croire au vrai désintérêt du citoyen, à la reconnaissance d'appartenir à une même communauté en prenant soin de l'autre, son voisin. Les mondes de l'égoïsme, du business, de la solitude assombrissent l'humanité. Et c'est pour cela que j'agite fébrilement les petites clochettes blanches, pour réveiller les consciences.. Je crois malheureusement que je vais être exaucée, mais pas par le miracle du muguet.. Quand la catastrophe sociale atteindra un point culminant, cela pètera (je ne parle même pas de la crise alimentaire mondiale, les hommes crèvent de faim et des émeutes de la faim se déclarent un peu partout... Non, ne zappez pas, ce n'est pas une fiction, c'est ce qui se passe à cette minute même dans la plus grande désinformation qui soit...). Peut-être alors que le choc sera suffisant pour que ces fameuses consciences, et même celles des milliardaires et des spéculateurs financiers se réveillent et se tournent enfin vers l'Ethique.
Bon 1er Mai à tous. Ys
La Plume d'Ys vous offre son brin de muguet porte-bonheur : Article ajouté le 2008-05-18 , consulté 24 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " Editoriaux "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |