Foire aux questions année 2008

FOIRE AUX QUESTIONS
(F.A.Q. 2008)
 
De grosses interrogations, Garfield ?
 

Voici quelques questions qui m'ont été posées concernant des points précis de techniques d'écriture et auxquelles j'ai essayé de répondre, du moins quand je connaissais une solution. Parfois, il s'agit d'un avis personnel tout simplement mais toujours dans l'optique de donner le conseil qui me semble le plus adapté et toujours avec honnêteté, sincérité. Ces questions posées par çi par là au cours de mes grandes pérégrinations... ont également l'avantage d'aborder les problèmes d'une façon plus transversale (qui peut toucher plusieurs sujets) alors que les fiches pratiques, pour des raisons évidentes didactiques, se présentent comme synthétiques et homogènes sur un seul et même sujet. Cela peut donner une autre approche et donc une meilleure compréhension aux problèmes auxquels vous êtes confrontés.

Vous trouverez des thèmes peut-être déjà abordés dans les fiches pratiques. Alors, dans ce cas, n'hésitez pas à vous y reporter pour travailler la question qui vous intéresse de façon plus détaillée.

Bonne plume !

Ys.

STRATEGIE D'ECRITURE : ECRIRE AU FEELING OU PREPARER UN PLAN ?

Question complexe ! En fait, il n'y a pas vraiment à trancher entre travailler au feeling et/ou travailler de façon directive. Cela dépend aussi de la sensibilité de chacun. Mon expérience tend à souligner la complémentarité des deux méthodes car travailler au feeling c'est aussi une méthode de travail ! 

Mais bon, je ne vais pas m'en sortir par cette pirouette...

Voici quelques éléments qui, je l'espère, vous permettront de faire vos propres choix :

  1. Nos écrits naissent souvent d'une circonstance, d'une personne rencontrée, etc. Notre cerveau est un bosseur invétéré, il travaille en "arrière plan" et la première chose que je vous conseille, c'est de vous servir de cette capacité phénoménale "neurologique" et "inconsciente" à travailler à un problème que vous vous posez alors que consciemment, vous vous contrer sur une autre activité. Le feeling ça s'exploite aussi !
  2. Tout au long du jour, prenez 5 minutes dans le bus, au bureau pour penser à votre histoire naissante et détendez-vous : vous allez visualiser vos personnages et les faire tourner dans le film de votre imaginaire. Vous allez voir que, rien qu'avec cela, vous commencez à construire un truc qui tient relativement debout ! Ayez toujours un petit carnet sur vous et délestez votre mémoire par une prise de notes dès que vous estimez avoir une bonne idée. Vous pouvez aussi vous servir d'un dictaphone, ou si vous travaillez avec un ordinateur, ayez toujours ouvert un document traitement de texte ou "bloc note" ouvert qui aura la même fonction que votre carnet papier (vous n'oublierez pas de sauvegarder vos fichiers, hein...!)
  3. Ensuite, tout dépend de ce que vous comptez écrire : avez-vous assez de matière pour écrire une nouvelle ou votre histoire mérite-t-elle d'être étoffée et éventuellement peut-elle constituer la trame d'un roman ? Dans ce cas, le travail dirigé facilite la tâche. D'abord parce qu'écrire prend du temps et que nous avons tous des emplois du temps surchargés : il va donc falloir séquencer votre travail, ne serait-ce que pour ne pas vous perdre dans tout ce que vous allez avoir à faire. Vous pouvez travailler en petits bouts par feeling pour commencer à caractériser vos personnages. Laissez-vous aller même si votre texte est mauvais mais faites le premier jet et empilez vos bouts d'écrits. Vous pouvez ensuite imaginer des possibilités différentes d'évolution de scénarios (dramaturgie) et écrire là aussi des textes au feeling. Vous verrez prendre corps votre histoire et vous choisirez, par rapport à ce que vous avez écrit, le sens que celle-ci prendra.
  4. La technique va ensuite vous aider à planifier votre histoire : vous devez au moins faire un plan chronologique et une description détaillée de vos personnages surtout dans leur caractère. Ces deux documents de base qui ne doivent jamais vous quitter pendant votre temps de production, vous éviteront les impasses, les contre-sens de "personnalité" et de fonctionnement des personnages (voir les fiches pratiques), ainsi que les anachronismes.
  5. Pour écrire un roman de bonne facture, il vous faudra peut-être en écrire deux ou trois versions avant de statuer sur la version finale ! Comment s'en sortir si l'on ne travaille pas sans un minimum d'ordre, d'agencement, ne serait-ce que pour s'y retrouver dans les différentes corrections... Ici, il ne s'agit même pas à proprement parler de techniques d'écriture mais plus largement de l'organisation du travail en écriture...
  6. Bien sûr, rien ne vous interdit de changer de scénario, si au feeling de l'écriture, vous sentez que votre personnage réagit plutôt mal alors qu'au départ vous aviez décidé qu'il réagirait plutôt bien. Il s'agit d'une vue d'ensemble, au moins d'un fil rouge : l'important c'est d'aboutir à une histoire VRAISEMBLABLE.
  7. L'auteur par essence, est un génie de l'improvisation, celle-ci est souvent à l'origine de l'expression de notre imaginaire. Mais la rationalisation de vos écrits est avant tout un outil de travail, pris comme tel, qui embellit, cisèle votre texte pour vous aider à donner le meilleur. Elle vous facilite l'appréhension des problèmes un par un, et surtout vous donne un parcours progressif qui évite le découragement. Combien de jeunes auteurs à la plume prometteuse, ne sont jamais allés plus loin que quelques textes, parce qu'ils s'étaient noyés, enlisés devant l'immense tâche du premier roman ? Il faut bien savoir dévider la pelote en trouvent le premier bout de fil...

Les techniques d'écriture sont des outils de travail pour y parvenir, tous les professionnels de l'écriture comme les scénaristes par exemple, y ont recours. elles ne vous apporteront pas le talent mais vous aideront à exprimer celui que vous avez déjà et à travailler celui qui est latent. Elles permettent aussi une certaine mutualisation des écrits car écrire à plusieurs exige en effet d'avoir les mêmes références et les mêmes méthodes de travail pour mieux se comprendre. Ecrire à quatre mains, cela peut-être passionnant (voir les excellents Boileau et Narcejac pour le polar...)

 

STRATEGIE D'ECRITURE : POURQUOI FAIRE DES RECHERCHES DOCUMENTAIRES ? 

 Je voudrais ici, attirer votre attention sur la nécessité des recherches documentaires... Cela peut-être considéré comme un travail ingrat. Mais, même si vous êtes très talentueux en écriture, même si vous voulez rester évasif, vous allez bloquer un moment ou à un autre, pour décrire ne serait-ce qu'un décor. Si vous placez une scène à Moscou, même si vous n'y êtes jamais allés, il faut être capable de décrire un décor réaliste : vous devez vous documenter sur l'architecture, trouver des photos des endroits célèbres où vous décidez de porter votre action, etc.. Que dire de romans qui se passent à certaines époques spécifiques... Certains petits malins m'ont dit alors : on va écrire de la science-fiction, pour ne pas se coltiner le boulot. Mais vous n'avez pas de chance, placer l'action dans le futur, ne vous décharge en rien de vos recherches documentaires : si vos héros se déplacent dans l'espace-temps, vous allez devoir vous documenter sur les trous noirs, sur la théorie quantique et la fameuse théorie des cordes... (ben, vous allez souffrir)...

La documentation peut avoir un impact réel sur le développement de votre histoire. Je vous donne un exemple personnel. Je travaille en ce moment sur un personnage qui s'adonne au "body art" (piercing, tatouage, scarification, brûlures...) de manière extrême. Je pensais décrire ce personnage psychologiquement comme cherchant à se détruire, à se mutiler... Or, en me documentant sur ces pratiques, notamment en lisant des ouvrages de psychanalystes, de psychiatres, que la réalité psychologique des amateurs de body art était autre : c'était pour eux une manière d'exister, de se construire... J'étais donc dans le faux et du coup, mon personnage a subi une transformation radicale, débouchant au final, sur d'autres possibilités de scénarios.

 

STYLE : PROBLEME DE LA REPETITION...

D'une manière générale, la répétition est souvent considérée comme une lourdeur de style. Il faut cependant nuancer cette règle. Plus l'on affine son style, plus l'on s'aperçoit que les choses se compliquent. Chasser la répétition sans autre procès, serait une erreur qui aboutirait plutôt à appauvrir qu'à enrichir votre écriture.

La répétition peut être aussi un effet de style quand elle est assumée. Elle peut scander les mots au rythme des pensées du personnage.

Exemple :

"Je marche... Putain, quand j'y pense, quelle merde... Comment je vais m'en sortir ? Je marche... Il faut que je marche... Je marche... Marche ! Marche ! Putain, mais comment je vais m'en sortir !"

Voici un discours intérieur très répétitif mais qui en dit long sur l'état mental du personnage.

Mais la répétition peut effectivement alourdir l'écriture. Pour ma part, je me pose toujours les questions suivantes : quel sentiment me donne cette répétition, est-elle jusfifiée, gêne-t-elle l'harmonie du paragraphe ? Peut-elle être remplacée sans que cela nuise à la compréhension ?

Un seul allié dans ce cas : le dictionnaire des synonymes ! En même temps cela élargit le vocabulaire et cela nous fait penser à des mots que l'on avait oubliés. Parfois, comme exercice, je réécris totalement un passage de texte, pour dire la même chose mais en m'interdisant le même vocabulaire (je rends "tabous" les mots clefs du texte orginal..), ainsi que certaines tournures de phrases.. Eh bien, je peux vous dire que c'est dur...

Mais si le mot répété est exactement adéquat à la situation précise de l'histoire ou si les synonymes ne sont pas satisfaisants par rapport au sens de ce que l'on veut dire, alors je préfère la répétition car je privilégie toujours le sens (sauf en poésie où la beauté du mot, sa consonance,  sont de même importance pour moi que son sens).

 

PONCTUATION : OU METTRE CES FICHUES VIRGULES 

Faites confiance à votre instinct ! Relisez les textes à haute voix comme si vous racontiez votre histoire devant un public, ou comme on le fait encore quand on lit et met en scène un conte pour les enfants qui nous écoutent... Vous verrez que, naturellement, vous allez établir des pauses dans votre lecture à l'intérieur de vos phrases... Mieux, vous en sentirez le besoin pour que votre lecture soit compréhensible et vous plaise à l'oreille... A ces pauses correspondent le plus souvent ces fameuses virgules... Posez alors vos virgules au stylo. Puis oubliez votre texte pendant deux ou trois jours et relisez-le à nouveau à haute voix, en respectant vos virgules... Vous verrez alors si le résultat est satisfaisant.

 

CONSTRUCTION DU RECIT : QUELQUES CONSEILS POUR ECRIRE UN DIALOGUE, YS ?

 Ah ben, y'a des livres entiers consacrés à l'écriture des dialogues ! Bon... Voici peut-être les trois meilleurs conseils que je peux vous donner pour que vous soyez opérationnel tout de suite :

  • N'oubliez jamais que ce sont vos personnages qui parlent et pas vous ... (donc, ils doivent parler en fonction de ce qu'ils sont, de leur vécu, de leur situation dans l'histoire au moment précis où ils parlent et non pas en fonction de ce que vous êtes vous dans la vraie vie...)
  • Commencez par un dialogue à deux voix, c'est le plus facile. Quand on travaille les dialogues à trois voix et plus, les ennuis commencent... surtout pour faire savoir au lecteur qui parle !
  • Allégez le dialogue en évitant si possible, les "dit-il, répondit-il, etc.", bien que le problème de la répétition ne soit pas si simple que ça... Encore une fois, lisez ce que vous avez écrit à haute voix, si possible quelques jours après le premier jet, et sentez si certains passages clochent...
  • Ayez à l'esprit qu'un dialogue ne permet pas seulement de dialoguer... il rythme la lecture, peut donner une accélération ou, au contraire, une pause dans le récit, il peut être une façon subtile de faire un portrait de personnage beaucoup plus vivant qu'une description plate de 20 lignes. Rappelez-vous comment Molière décrit l'avare essentiellement par le dialogue puisque nous sommes au théâtre...

 

PHILOSOPHIE D'ECRITURE : LA FIN DU RECIT, QUE PENSER DU "HAPPY END" ?

La "happy end" est tout d'abord une forme de dénouement. Le dénouement est une sorte de contrat implicite que l'on signe avec le lecteur : pour moi, en échange de l'implication émotionnelle du lecteur, je me dois de lui donner une chute à l'histoire où il y a résolution des conflits, une fin satisfaisante, ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il faille tomber dans la "happy end".

De fait, la "happy end" est plus particulièrement dévolue au genre du comique ou de la comédie. Si vous faites dans le polar noir, la "happy end" est plutôt déplacée. Par conséquent, la "happy end" se motive avant tout par le genre dans lequel vous écrivez.

Tout dépend aussi de la nature de votre récit :

  1. S'il s'agit d'un récit que je qualifie de "fermé", votre fin implique de dénouer le problème en comblant l'attente du lecteur dans le sens où ce dernier doit éprouver le sentiment que l'histoire se suffit à elle-même et n'appelle pas de suite. Ce genre de récit implique plus la "happy end". C'est le mode de récit qu'affectionne plus particulièrement le cinéma américain où, pour résumer rapidement, la séance des effusions qui suit la victoire du héros sur le méchant, clôt souvent le dernier plan.
  2. S'il s'agit d'un récit "ouvert" (ce qui me plaît personnellement beaucoup plus), la fin doit laisser une part "d'irrésolu" sur le plan des événements ou de la psychologie des personnages. Cela donne l'impression que les personnages, après la fin de l'histoire, ont encore à construire, vont encore évoluer. Ici, la fin du roman marque souvent un nouveau départ pour les personnages. Heuh, j'espère que j'arrive à me faire comprendre... (vite, un tube d'aspirine !)
  3. Grattons encore un peu cette notion de "happy end" mais cette fois-ci sur un plan sociologique (si, si !). Pour cela, je me range à la définition du grand Edgar Morin : "La happy end, c'est le bonheur des héros sympathiques, acquis de façon quasi providentielle, après des épreuves qui auraient dû normalement entraîner un échec ou une issue tragique"..
  4. Edgar Morin explique également pourquoi le lecteur à tendance aujourd'hui à refuser des fins tragiques : en résumé, nous nous identifions de plus en plus au héros parce que, leur monde, leurs problèmes ressemblent aux nôtres. Nous ne voulons donc pas qu'ils meurent et nous attendons d'eux la preuve que la réussite et le bonheur sont possibles. Enfin, et je crois que cette citation peut être un élément décisionnel quant à choisir une "happy end" ou pas en tant qu'auteur : "L'introduction massive de la happy end rétrécit l'univers de la tragédie au sein de l'imaginaire contemporain". En d'autres termes : à force de voir des "happy end" partout, nous avons de moins en moins le sens du tragique !

Le choix de la "happy end" est donc dans l'air du temps et de fait, nous avons peut-être plus de chance de succès et surtout plus de chance d'être adapté à l'écran. Encore une fois, je ne saurais trop souligner la forte influence du cinéma sur l'écriture, en bien ou en mal d'ailleurs.

NOTA : pour ceux qui ont une bonne provision d'aspirine, je recommande la lecture de l'ouvrage : "Le dénouement" de Lionel Ruffel. Passionnant quand on s'y plonge mais que je déconseille formellement à ceux qui souffrent de déprime...

 

PHILOSOPHIE D'ECRITURE : LA MORALISATION DE L'HISTOIRE

Personnellement, je trouve que la lecture est encore le seul exercice intellectuel où, justement, le fait de prendre le temps de lire permet au lecteur (et donc constitue une opportunité pour l'auteur) de se poser des problématiques et des questions d'ordre plus ou moins philosophiques et morales. Toujours sur un plan personnel, je fais la distinction entre l'envie de me "laver la tête" avec un San Antonio et l'envie de connaître une autre compréhension du monde via la vision d'un auteur dont la finesse d'écriture, la capacité d'analyse du personnage, le monde imaginaire m'auront séduite.

De même en tant qu'auteur, vous vous doutez que j'ai choisi depuis longtemps les récits ouverts c'est-à-dire des récits qui laissent un goût d'évolution pour les personnages alors que l'on a clos le roman, comme dans la "vraie vie" en quelque sorte. Nécessairement, ce genre de personnages amène une confrontation à des situations imposées par l'histoire, situations qui appellent un jugement, une morale (par exemple : racisme, bioéthique, dictature, Etc...).

Je crois alors que le premier piège, c'est d'imposer sans finesse sa propre vision des choses via ce que pensent et disent les personnages. N'oublions pas que ceux-ci mènent leur propre vie et ont leurs propres convictions et que ces dernières ne sont pas forcément en adéquation avec les vôtres ! Même si un de vos personnages peut être votre "porte-parole", il faut qu'il le fasse avec son style à lui, avec ses propres mots et sa propre expérience.

Le deuxième piège est de tomber dans la lourdeur d'un style trop moraliste. J'essaie plutôt de poser les problèmes et de faire réagir mes personnages tout en laissant une possibilité d'interprétation au lecteur. L'important, c'est de provoquer le questionnement du lecteur : à lui de trouver sa conclusion et sa solution. Ce qu'il y a de sûr, c'est que le lecteur ne doit pas rester indifférent ou rester à une réflexion superficielle ne dépassant pas l'idée reçue. Ce serait dommage. Cela implique aussi qu'en tant qu'auteur, vous maîtrisiez parfaitement les différents sujets abordés dans votre texte, que vous ayez entamé, vous-même, une réflexion. C'est aussi une manière de vous pousser à vous enrichirir sur un plan personnel. Certains me disent qu'après quelques lignes, ils n'ont plus rien à écrire. Peut-être qu'en approfondissant le thème choisi par un travail assidu (recherche sur encyclopédie, recherche sur internet, à la bibliothèque, sélection de certaines émissions de radios ou de TV sur le sujet...), ces auteurs ne seraient plus en panne. Bien sûr, cela implique que l'on ait aussi le goût de l'étude, de la curiosité et que l'on ne soit pas fainéant... (Tiens, là, je sens que je fais un discours très moraliste, hein !!!!)

Il faut  donc faire très attention au choix de sa narration. Ce choix, comme la façon globale de présenter vos récits, n'est jamais gratuit. Ces choix conscients ou inconscients d'ailleurs, témoignent de votre vision du monde, de vos options non seulement esthétiques de l'écrit mais aussi de vos "idéologies". Tout dans votre façon d'écrire, renvoie à vos questionnements, vos convictions, vos croyances. Ensuite, c'est un difficile équilibrage qui vous attend pour tenter une "objectivité imaginaire" et laisser à vos personnages la capacité à évoluer dans un sens qui n'est pas forcément votre conviction profonde mais qui contribue à ce que vous voulez démontrer (enfin, si vous voulez démontrer quelque chose dans votre texte, bien entendu !). Par exemple, il faut bien construire un méchant crédible dont l'idéologie vous répugne pour faire l'antithèse de votre héros et pour alimenter ainsi votre confrontation dramatique.

Ecrire est un acte de création mais où la narration ne peut être que liée à la réflexion, sur la destinée humaine, sur le sens de la vie (quand je dis cela, ça me fait toujours penser au film "Le Sens de la Vie" des Monty Python datant de 1983, un truc qui vous démonte la tête.... à voir si vous en avez la possibilité !).

Bon, tout ça, c'est très emphatique, mais c'est globalement ce que je pense... (un tube d'aspirine s'il vous plaît...)

 

STYLE : LE TEMPS DE LA NARRATION

La question qui m'a été posée concernant le temps de la narration, était à peu près en ces termes : "Pourrait-on dire, par exemple, qu'un roman policier est plus fort au présent qu'au passé et, au contraire, qu'un roman sentimental est plus évocateur au passé qu'au présent ?"

Le temps de la narration pose effectivement beaucoup de problèmes. D'abord parce que la concordance des temps n'a jamais été chose facile. Ainsi les auteurs voient souvent la concordance des temps comme une obligation purement grammaticale, alors que, vous l'avez bien senti, un choix de temps plutôt qu'un autre donne une dimension différente à l'écrit travaillé.

Ne vous laissez pas submerger par la difficulté mais je ne peux que vous conseiller encore et encore de travailler la langue (exercices de grammaire compris) afin que cet outil bien maîtrisé se SUBORDONNE à votre écriture (oui, je sais, c'est mon côté "Stroumpf moralisateur")

Vous avez donc senti que la conjugaison verbale, au-delà des informations données sur le temps propre (passé, présent, futur), donne également des informations sur la manière dont le sujet qui énonce l'histoire (le narrateur) envisage le déroulement de l'action exprimée par le verbe. Il s'agit de la valeur aspectuelle du temps.

Ce qui prête souvent à confusion chez l'auteur, c'est que si plusieurs temps verbaux existent pour exprimer le même moment temporel, l'action exprimée par le verbe peut être envisagée quant à elle par différents modes (non, ne vous suicidez pas pour ça...)

Soyons simple !

En gros, vous avez deux possibilités de narration :
  • Les temps organisés autour du passé de narration :

plus-que-parfait et passé antérieur - passé simple et futur dans le passé (eh oui, un personnage dans le passé a pu parler de quelque chose qui se passera dans le futur...).

Un petit exemple : "il avait entendu un cri, quelqu'un devait être là, il avait la trouille au ventre. Une certitude se fit jour dans son esprit : il ne sortirait plus jamais sans son révolver..."

  • Les temps organisés autour du présent de narration :

passé composé et imparfait - présent et futur.

Un petit exemple : "Hier, j'attendais le bus quand j'ai vu Pierre. Aujourd'hui, il est malade mais je sais qu'on le verra demain..."

A partir de là, quand on raconte une histoire, vous avez le couple "imparfait/passé simple", véritables piliers du récit. Mais imparfait et passé simple n'ont pas la même valeur aspectuelle et donnent par leur utilisation, en opposition complémentaire, du rythme et de la profondeur au récit. En d'autres termes, le choix de l'imparfait ou du passé simple ne modifie en rien la durée réelle de l'action mais modifie la façon dont sa durée est envisagée dans le récit.

Exemple : "Jean passa devant le camion citerne, il prit la masse et cogna aussi fort qu'il le put sur la manette bloquée. Quand il sentit qu'elle bougeait légèrement, il lâcha la masse, agrippa le petit volant de toutes ses forçes et s'arc-bouta de tout son poids. Depuis plus de trois jours, le feu dévorait inéxorablement tout sur son passage. Les flammes avançaient tranquillement malgré le sol aride et l'absence de végétation, elles trouvaient quand même de quoi se repaître pour arriver aux portes de la ville."

Dans cet exemple, on voit que les actions de Jean, se font sur un rythme précipité tandis que le feu prend son temps pour arriver et menacer la ville que le pompier Jean essaie de protéger. La précipitation de Jean dans ses préparatifs pour contrer l'incendie, soulignée par l'emploi du passé simple, indique au lecteur l'angoisse du personnage. Jean est un bon pompier, s'il se dépêche c'est qu'il connaît l'importance du danger. Ce feu, contrairement à un feu habituel, progresse lentement. L'emploi de l'imparfait donne l'impression que le feu se ballade mais renforce l'aspect implacable quasi surnaturel des flammes et donc l'impression de dangerosité.

Un texte au passé simple donne une impression de vitesse puisque la durée des actions n'est pas envisagée : les actions se succèdent sur un axe chronologique sans autre analyse. Un texte à l'imparfait, au contraire, donne une impression de lenteur, voire d'enlisement. Cela peut aussi rappeler les techniques de cinéma : profondeur de champ, les actions se déroulent au premier plan tandis que l'arrière-plan plante le décor et instaure une durée et une continuité dans l'image en mouvement.

C'est donc à l'auteur de sentir quel est ou quel sera le rapport au temps de votre personnage en fonction de votre scène. L'auteur est aussi un Maître du Temps !

Les valeurs du présent impliquent également différents emplois. Le présent de narration est utilisé à la place du couple passé simple/imparfait. Il en hérite donc aussi quant à ses valeurs aspectuelles mais en y ajoutant des effets certains de dramatisation puisque les événements du récit semblent brutalement contemporains et se déroulent sous nos yeux. Le présent de la narration est vousent lié au récit à la 1ère personne. Ici, il ne n'agit plus seulement d'un choix temporel mais aussi d'un choix de POINT DE VUE. Mais ceci est un autre problème.

Vous pouvez donc jouer avec le temps en vous aidant aussi des indications chronologiques que l'on peut donner au travers du récit par les adverbes de temps, les groupes nominaux comme "le lendemain matin", etc. Vous pouvez également effectuer des bouleversements chronologiques du récit en créant une analepse ou retour en arrière (le flash back au cinéma) mais aussi une anticipation, une ellipse (vous pouvez passer certains événements sous silence, le récit faisant alors un saut dans le temps, ce qui permet d'accélérer le récit sur une période de l'histoire qui n'a pas d'intérêt pour vous afin de vous concentrer sur une période essentielle. Ainsi, cinq minutes de la vie de votre héros peut accaparer un chapitre entier, tandis que les dix premières années de son enfance peuvent ne prendre que quelques lignes...)

Il n'y a donc pas de recette où le temps de narration untel serait meilleur que l'autre pour le polar ou pour un roman d'amour. Ce qu'il y a de sûr, par contre, c'est que la narration au présent est un phénomène d'écriture relativement contemporain de la fin du 20e siècle. Le temps de narration doit être choisi en fonction des points de vue et de la focalisation par rapport à vos personnages et par rapport à la nature des différents événements que vous racontez. La maîtrise des temps de narration peut aussi contribuer à établir une atmosphère, donner la sensation que le temps s'arrête, s'accélère, voire que vous êtes hors du temps ou dans un temps onirique par exemple pour le cas d'un rêve raconté. Ne cherchez qu'à trouver la meilleure solution pour votre récit ! Si vous voulez décrire une scène en lui donnant une impression d'image à la Hamilton, par exemple : une jeune fille qui prend son bain, il vaut mieux le faire à l'imparfait qu'au présent. La lenteur de la description de la jeune fille, en s'attardant sur les détails du bain, ajoutée à l'emploi de l'imparfait, peut réussir à rendre en équivalence d'écriture par les mots, l'impression de flouté pastel du célèbre photographe !

Ne cédez pas à la tentation d'écrire "à la manière de" (à part pour faire un exercice de style, dans ce cas, c'est très enrichissant). Choisissez toujours en fonction du ressenti, et uniquement du ressenti. Donnez à vibrer, à sentir, à imaginer. C'est la symbiose harmonieuse du contenu de votre message et des différents moyens que vous utilisez pour en rendre compte de façon sensible (pour émouvoir les sens) au lecteur. Cela forgera votre "voix" d'écrivain. Ces derniers conseils sont très personnels : ils ne valent que par ma conviction d'auteur. Là encore tout est très subjectif.

 

PUBLICATION : QUAND SE LANCER ?

La question qui m'a été posée était à peu près en ces termes : "Comment savoir que l'on se sent prêt à présenter son ouvrage à la publication ?"

Effectivement, la tâche d'écriture semble sans relâche et la difficulté est d'arriver également à "juger" de sa propre production, de la considérer enfin comme un "tout" assez homogène, répondant à un certain nombre de paramètres de "qualité" suffisants pour tenter l'aventure de la publication.

Quand on est complètement "dedans" son manuscrit, depuis souvent plusieurs semaines voire plusieurs mois, comment se faire une idée "objective" sur lui ? Certes, nous pouvons demander de l'aide extérieure, le regard de l'autre est souvent un détonateur de "vision" de nos bourdes : "Bon sang, mais comment n'ai-je pas vu ça ???"

A ceci près, qu'une lecture étrangère, outre celle du correcteur sans pitié qui traque les fautes d'orthographe et de grammaire, sera forcément très subjective. Vous ne devez pas dire "amen" à toutes les corrections que l'on vous propose. A partir du moment où vous pouvez argumenter, sans mauvaise foi, pourquoi vous avez écrit comme ça, vous pouvez aussi choisir de ne pas changer votre texte. Sinon, vous risquez à chaque lecture extérieure de réécrire et de ne jamais contenter tout le monde.

Il va de soi, cependant, qu'à ce stade, vous avez su éviter les pièges fondamentaux, que vos textes répondent au minimum (enfin, ce que moi, j'appelle le minimum) :

  • Pas d'invraisemblance : une chronologie qui se tienne (ce qui n'exclut pas bien sûr les effets comme les flash back, etc.) et qui soit claire pour le lecteur dans le fil de l'histoire.
  • Des principes basiques de narration respectés et surtout pas antagonistes concernant les points de vue, la voix du narrateur (à la première personne du singulier ou le narrateur omniscient, etc.)
  • Et plus subjectif, pour mon cas personnel : des personnages qui ont évolué à la fin du bouquin.

Etant sans doute traumatisée par 10 ans de job en entreprise privée où la démarche de "qualité" passait par des cahiers des charges très pointus et procéduriers, j'ai pris l'habitude de faire des listings de mise au point (voir fiches pratiques) que j'applique à chaque fin de texte, que ce soit pour une nouvelle ou un chapitre de roman. Quand mes listes sont satisfaisantes, je peux me dire que le cap numéro un est franchi et que je peux prétendre alors à la phase 2 : travailler le manuscrit pour qu'il soit une véritable création, quelque chose d'homogène surtout, y compris pour les recueils de nouvelles ou de poèmes. Il ne faut pas croire qu'il suffit de tout mettre dans le sac et de mettre une ficelle autour. Par contre créer un fil rouge : OUI !

A ce stade, eh bien, je fais comme ma mère, quand elle préparait une pâte à gâteau : je laisse reposer le tout ! Parce qu'il est impératif pour moi, d'oublier ce que j'ai écrit, soit un minimum de 15 jours. Pendant ce temps, je travaille à autre chose. Un autre petit truc consiste à lire .... quelqu'un d'autre et je me fais un plaisir d'être "méchante" en critiquant l'ouvrage sans pitié et en me demandant comment j'aurais fait pour dire telle ou telle chose autrement. Cet entraînement à l'analyse sur les oeuvres d'autrui revient facilement comme un mécanisme sur nos propres créations, si effectivement, nous avons pris assez de recul pour lire nos textes non plus comme leur auteur mais comme leur (presque) premier lecteur. Les techniques d'écriture sont aussi des techniques d'analyse de lecture...

Quand j'ai bien enfourché ma monture, que j'ai lu quelqu'un d'autre, dans la foulée, je relis mes écrits en essayant de sauvegarder cette capacité à me redécouvrir comme si j'étais quelqu'un d'autre, ce qui est, je vous l'accorde, hautement schizo.. J'insiste sur le fait qu'il faut essayer de se lire d'une seule traite, pour avoir un coup d'oeil global. Là vous verrez si vous avez atteint ce que j'appelle personnellement "le point de non retour".

2 cas se présentent en général :

Vous voyez encore quelques corrections et vous les faites. A ce stade, vous ne devez plus voir que ces quelques corrections, vous devez vous sentir satisfait en tant que lecteur, satisfait de votre ressenti, du soulagement que vous apporte la fin de l'histoire ou pas.

Vous pouvez aussi être très mitigé ... Vous vous décevez un peu, honnêtement, vous vous attendiez à mieux. Ici, tout dépend pourquoi vous êtes déçu : finalement c'est l'histoire qui n'est pas terrible, vous trouvez que cela manque de punch, de suspense, que certaines choses que vous pensiez être claires, le sont moins maintenant avec le recul... Ce qui impliquerait alors une nouvelle destructuration de votre oeuvre, autant dire : tout recommencer. Vous avez atteint le point de non-retour.

Dans ce cas, personne ne peut être à votre place. Cependant, je me permets ces conseils, puisque j'ai aussi vécu des moments douloureux comme ça :

  • C'est pas vraiment bon, mais quelque part, votre écrit vous donne l'impression d'un tout, et tel qu'il est écrit, il constitue quand même une émotion à le lire. De toute façon, vous sentez aussi que vous avez fait ce que vous avez pu... Vous tentez une ultime correction mais cette correction n'arrange rien, elle vous pousse même à en refaire toujours et toujours d'autres... Arrêtez le massacre, la correction ne sert plus à rien. Acceptez aussi que vous êtes un écrivain en début de carrière et que vous avez le droit aussi à ne pas faire un chef-d'oeuvre du premier coup ! Ne vous découragez pas, essayez quand même de le publier sur internet par exemple, de façon à trouver vos premiers lecteurs. C'est important de se savoir lu pour le moral.
  • Ce n'est pas vraiment bon, mais pourtant vous avez l'intime conviction que votre histoire est vraiment bonne, qu'elle est la matière à un vrai roman de qualité. C'est pas bon, parce que vous n'êtes pas encore très confirmé dans votre écriture, vous vous cherchez dans votre style, vous faites des maladresses, mais vous sentez que vous pourriez mieux faire et que ce n'est pas l'histoire qui est en cause. Vous avez tout pour faire de la belle oeuvre. Dans ce cas, donnez à votre histoire une seconde chance... sauvegardez vos fichiers, vous reprendrez cela dans un an ou deux, voire plus. Et travaillez encore sur des projets peut être moins ambitieux. Relevez les différents points qui vous ont posé problème et essayez de traiter chaque point dans un nouveau texte. Par exemple : j'ai eu de la difficulté avec les dialogues. Je vais écrire une nouvelle où je vais travailler particulièrement les dialogues... Améliorer votre style, faites des exercices, regardez comment des écrivains que vous appréciez ont traité le problème que vous, vous avez trouvé insoluble. Là, il est permis de faire des exercices pour "écrire à la manière de"... Travailler avec peu de personnages, avec des histoires pas trop complexes. Quand vous vous sentirez "mieux armé"vous reprendrez cette histoire qui vous tient à coeur et vous lui donnerez tout ce que vous avez dans le ventre avec de nouvelles idées. Grâce à ce détachement pendant quelques mois ou années, vous obtiendrez peut-être un nouvel éclairage, un nouvel angle d'attaque de votre histoire.

 

STYLE : DIALOGUE ET LOURDEUR DE STYLE 

La lourdeur des dialogues est avant tout un problème de style. Voici un exemple qui m'a été donné et qui ne satisfait pas son auteur :

"- Comment va notre malade ce matin ? demande le docteur.

- Il a l'air d'aller beaucoup mieux, lui répond mon père.

- Pas du tout, docteur, j'ai très mal au ventre, interviens-je. "

D'abord, je trouve que vous ne faites pas assez confiance à vos lecteurs en leur donnant trop de "balises" par l'intermédiaire des "dit-il", "dis-je" etc. Un des gros défauts de l'auteur est de vouloir trop écrire pour le lecteur (mais oui !) alors qu'en fait, il faudrait se concentrer sur les répliques d'un personnage à un autre personnage et uniquement cela. En d'autres termes, les personnages parlent pour le bénéfice du lecteur, le lecteur devient le récepteur principal alors qu'il devrait être le récepteur secondaire du dialogue. Le récepteur principal doit être le personnage auquel la réplique est destinée.

L'alourdissement du dialogue vient donc du fait que l'auteur balise sa scène en répondant sans cesse au lecteur "en toile de fond" à la question : "qui dit quoi". Ce "discours" non-dit, destiné au lecteur est souvent omniprésent, il pollue la scène inutilement et interfère le véritable dialogue. Il vous empêche aussi de vous concentrer sur toutes les possibilités offertes par le dialogue dans l'élaboration de l'histoire. Un dialogue finement construit peut servir d'exposition d'un personnage, il peut aussi être le climax de votre histoire (le point ultime de la tension de votre histoire) et peut vous servir également  à créer des fausses pistes : n'oubliez pas, en effet, que vos personnages peuvent mentir à dessein...

Reprenons l'exemple donné. Comme je ne connais pas l'histoire dont il est extrait, je vais faire jouer mon imagination. Voici ma version :

" Je regarde par la fenêtre. Il pleut toujours des cordes. Ce matin, je me suis réveillé en ayant toujours aussi mal. Du coup, j'ai rappelé le Doc. J'entends mon père qui farouille à la cuisine. Il essaie de faire du café. Ah, voilà le Doc.... Il se dirige vers la porte et va bientôt sonner. Mon père va se précipiter pour lui ouvrir...

- Bonjour Docteur, mon fils vous attend avec impatience !

- Comment va notre malade ce matin ?

- Il a l'air d'aller beaucoup mieux !

Je les entends depuis ma chambre et mon père m'exas-père... Toujours cette manie de répondre pour moi. Je fais un gros effort et je me traîne jusqu'au couloir. Je ne vais pas me laisser faire :

- Pas du tout, Docteur, j'ai très mal au ventre !

Bien sûr, ce n'est pas le dialogue du siècle mais voici ce que j'ai tenté de faire.

Grâce au "je" narratif et un point de vue qui met le lecteur dans la confidence du monologue intérieur du personnage narrateur, je donne les bonnes indications de lecture. Je respecte le présent, ce qui permet de donner une simultanéité de l'action (voilà le temps de narration que j'ai choisi). Je ne prends pas le lecteur pour plus stupide qu'il n'est. Dans les répliques, je donne des indications qui se suffisent à elle-mêmes. "Mon fils" fait comprendre que c'est le père qui parle. La notion de "malade" est amplement suffisante pour faire comprendre, vu que l'on attend le docteur, que c'est bien le docteur qui parle.

Dans cet exemple, le style m'a permis de présenter le dialogue, de donner un point de vue, celui de mon personnage mais aussi d'introduire un élément de caractérisation des personnages que j'ai choisi : la relation père-fils. Dans ce dialogue, le lecteur doit sentir par-delà les mots, tout le non-dit relationnel des personnages. Avec la répétition de "toujours" dans le monologue intérieur et l'allusion à un paysage déprimant de pluie, je souligne discrètement que la souffrance physique est  bien là et que mon personnage en a marre, qu'il n'a pas forcément le moral et qu'il attend le docteur un peu comme une délivrance, la solution à son problème.

Je souligne encore une fois l'importance du dialogue. Il permet un accès plus direct à l'histoire et apporte un aspect de modernité tout en donnant plus de dynamique au récit.

 



Article ajouté le 2008-11-25 , consulté 129 fois

Commentaires


Alice le 28/08/2009 à 10:07:06
J'ai découvert votre blog il y a peu de temps et même si mon "livre" a peu de chance d'aboutir, ce site m'aura permis de comprendre et d'analyser la manière dont étaient construits les romans que je lis.
Cet article est particulièrement intéressant intéressant.
castsamp site : castelitteraire | le 18/07/2009 à 09:42:46
J'ai souvent parcouru votre blog, c'est la première fois que je lis entièrement cet article. Je vais le recommender à plusieurs jeunes qui ont envie de s'extérioriser par l'écriture. Ils n'ont pas
Chère Sylvie
l'intention de se faire éditer (c'est toujours ce qu'on dit au début). Ils veulent seulement garder des points de repaire.
Dans un autre débat, j'aimerai que vous traitiez de l'usage du ; (point virgule)? cela fait l'objet de discussion récurrentes avec les collègues que je rencontre dans les salons.
Plein d'amitiés. J.C.
Richard Troubat site : http://richardtroubat.unblog.fr/ | le 07/02/2009 à 07:24:31
Bonjour Sylvie,

Un peu trop long cet article, et pas facile à lire à l'écran.
Pourtant il est très intéressant et sur chaque point il donne envie de discuter longuement avec vous.
Sur le premier point, par exemple, de la nécessité de faire un plan :
J'ai passé ma vie professionnelle (qui est finissante) à planifier, structurer, concevoir, diagrammer, architecturer, organiser.. Eh, bien ! là, devant la feuille blanche, impossible de concevoir à l'avance la trame d'un roman. J'étais bloqué. J'étais incapable de former à l'avance un récit. Cette démarche était trop "technicien" pour moi. Il me fallait absolument me lâcher dans un acte créateur par lequel je me suis laissé guidé. J'ai donc écrit au kilomètre, chaque matin, découvrant les personnages au fur et à mesure que je vivais leur histoire. J'étais lecteur en même temps qu'écrivant. En rien je n'étais concepteur.
C'est à la fin seulement, après plusieurs mois d'écriture, que je me suis mis à structurer. C'est là que j'ai eu recours à vos fiches, Sylvie, qui m'ont été un guide précieux pour reconcevoir ce fatras. Sans elle, je crois que mon travail serait resté à l'état de torchon. Car il est vrai que dans cette démarche on récolte à la fin de quoi faire dix romans. Au moins, ça fait de la matière.
Bon ! Je ne sais pas si c'est la bonne méthode. Mon roman n'est pas un chef d'œuvre, Il est probablement bourré de fautes de construction, mais je suis arrivé à bout de quelque chose. C'est déjà ça.
Merci encore pour ce blog.
Richard

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